Définition

Qu'est-ce que la cannibalisation linguistique ?

La cannibalisation linguistique survient quand deux versions d'une même page, dans deux langues, se disputent la même requête parce que le moteur n'a pas reçu de déclaration complète et réciproque des versions disponibles. Google en choisit alors une (souvent la plus établie) et la sert à tous les publics. Le symptôme se mesure : des impressions dans une langue qui aboutissent sur les pages de l'autre langue.

Comment elle se produit

Pour Google, une page française et sa traduction anglaise sont deux adresses distinctes. Chacune est découverte, explorée et indexée de son côté. Pour savoir laquelle servir à qui, Google lit une déclaration des versions (la balise hreflang) qui obéit à trois règles :

  • chaque version se déclare elle-même ;
  • chaque version déclare toutes les autres ;
  • la déclaration est réciproque.

Sans réciprocité, Google ignore l'ensemble plutôt que d'en retenir la moitié. Il tranche alors seul et sert souvent la version d'origine, qui est la version française sur un site québécois né en français.

Même complète, la déclaration reste une indication et non une consigne : Google peut servir une autre version s'il juge qu'elle correspond mieux à la personne qui cherche. Une traduction mot à mot et peu liée peut même rester « Explorée, actuellement non indexée » pendant que la version française est indexée.

Les trois ruptures qui la provoquent

  • La page créée hors du flux de traduction. C'est la rupture la plus fréquente. Un produit, une page de collection ou un article ajoutés par une autre équipe ne sont ni traduits ni déclarés. Rien ne le signale : Google a retiré en 2022 son rapport de ciblage international, qui montrait ces erreurs à l'échelle du site.
  • L'adresse mal formée. Sur un marché secondaire d'une boutique Shopify, l'adresse doit combiner la langue et le pays (du type /fr-ca ou /en-eu). Un sous-dossier de langue seule n'existe que sur le marché principal.
  • La traduction fidèle. Le texte est juste, mais il ne contient pas les mots que les acheteurs du marché tapent. Un contenu réellement adapté pèse plus lourd qu'une balise parfaite posée sur une traduction mot à mot.

Le symptôme et la vérification

Le symptôme se lit dans les données, pas dans l'administration du site, où tout semble fonctionner. Dans la Search Console, filtrez les pages par leur préfixe de langue (/en/, par exemple) et comparez leurs impressions à celles des pages équivalentes dans l'autre langue. Des impressions anglophones qui aboutissent sur vos pages françaises signifient que la demande existe et que la traduction ne la reçoit pas.

Affichez ensuite le code source d'une page traduite : elle doit se déclarer elle-même en plus de déclarer sa jumelle. Le contrôle mensuel tient en deux chiffres, le nombre de pages publiées dans chaque langue. L'écart entre les deux est votre dette de traduction.

Exemple

Exemple fictif : un fabricant québécois publie la version anglaise de ses 60 pages pour viser l'Ontario. Trois mois plus tard, le trafic anglophone n'a pas bougé. La Search Console montre pourtant des requêtes en anglais qui donnent des impressions sur les pages françaises.

Les pages anglaises déclarent bien leurs jumelles françaises. Les pages françaises, plus anciennes, ne déclarent pas les anglaises : la réciprocité manque. Google ignore la déclaration et sert la version la plus établie aux deux publics. La correction se fait dans le gabarit des pages françaises, pas dans le budget du marché.

Notre lecture

Nous lisons la cannibalisation linguistique comme un problème d'architecture qui se fait passer pour un problème de marché. Quand le trafic anglophone ne bouge pas après une traduction, l'explication retenue en réunion est souvent que le marché est plus difficile, puis la direction coupe le budget du mauvais poste. Nous regardons d'abord où vont les impressions, parce que la cause est souvent technique.

Nous traitons aussi la traduction comme une étape de publication plutôt que comme un projet : une page n'est pas en ligne tant que sa version dans l'autre langue n'existe pas, ou alors elle est assumée comme unilingue. Enfin, nous faisons relever le vocabulaire d'achat du marché avant la traduction, pour que la version traduite emploie les mots que ses acheteurs cherchent.

À ne pas confondre avec

Cannibalisation de mots clés
La cannibalisation de mots clés oppose deux pages différentes d'un même site, dans la même langue, sur une même requête. La cannibalisation linguistique oppose deux versions d'une même page, dans deux langues.
Balise hreflang
La balise hreflang est la déclaration qui prévient la cannibalisation linguistique : elle relie les versions d'une page et dit à Google laquelle servir selon la langue et le pays. Incomplète ou non réciproque, elle est ignorée.
Écart de vocabulaire de marché
L'écart de vocabulaire de marché est la distance entre vos mots et ceux des acheteurs d'un territoire. Il peut faire perdre des ventes même quand la déclaration des versions est parfaite.

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Questions fréquentes

Pourquoi notre trafic anglophone ne bouge-t-il pas après la traduction ?

Le plus souvent, la déclaration des versions est incomplète ou non réciproque. Google sert alors la version d'origine aux deux publics. Le signe se mesure : des impressions en anglais qui aboutissent sur vos pages françaises. C'est une correction technique avant d'être un problème de marché.

Comment vérifier que nos versions française et anglaise ne se concurrencent pas ?

Dans la Search Console, comparez les impressions des pages d'une langue à celles des pages équivalentes de l'autre langue. Des impressions dans une langue sur les pages de l'autre signalent une déclaration incomplète. Vérifiez aussi qu'une page traduite se déclare elle-même en plus de déclarer sa jumelle.

Une extension de traduction règle-t-elle le problème ?

Pas à elle seule. Elle produit les balises, mais elle ne décide pas quelles versions existent ni pour quel marché. Elle se désynchronise aussi dès qu'une page est créée hors de son flux, ce qui arrive chaque fois qu'une autre équipe ajoute une page.

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