Stratégie marketing·21 juillet 2026·9 min de lectureRead in English →·Par Gabriel Gervais

Billetterie et événements : le prix que vous avez le droit d'afficher

Annoncer un prix que le client ne peut pas obtenir, parce que des frais obligatoires s'y ajoutent, est une indication de prix partiel. La pratique est expressément visée par la Loi sur la concurrence depuis 2022. Le montant des frais n'entre pas dans l'analyse : un dollar et demi suffit.

Ce qu'il faut retenir
  • L'indication de prix partiel est fausse ou trompeuse au sens de la Loi sur la concurrence, sauf si les frais supplémentaires sont imposés par le gouvernement, comme la taxe de vente.
  • Le Bureau de la concurrence écrit que le consommateur ne devrait pas avoir à faire défiler la page ni à lire les petits caractères pour connaître le prix total.
  • Rendre les frais variables plutôt que fixes ne règle pas la question. L'indication peut toujours poser problème si l'impression générale est trompeuse sur un point important.
  • Le Bureau a poursuivi un exploitant de cinémas pour des frais de réservation en ligne de 1,50 $ par billet. Le montant est sans importance dans l'analyse.
  • La reprise de l'affichage du prix sur tous les parcours d'une billetterie représente environ 14 400 $. C'est la dépense la plus évitable de ce dossier.
Sur cette page
Définition

Qu'est-ce qu'une indication de prix partiel

L'indication de prix partiel consiste à annoncer un prix que le consommateur ne peut pas réellement obtenir, parce que des frais obligatoires non imposés par le gouvernement s'y ajoutent pour compléter l'achat. Le Bureau de la concurrence la qualifie de fausse ou trompeuse au sens de la Loi sur la concurrence et les modifications de juin 2022 la reconnaissent expressément comme une pratique commerciale préjudiciable. Seules les sommes imposées par le gouvernement, comme la taxe de vente, échappent à la règle.

Sauf les taxesSeule exception à la règle : les frais fixes supplémentaires imposés par le gouvernement, comme la taxe de vente. Tous les autres frais obligatoires doivent figurer dans le prix annoncé.Bureau de la concurrence du Canada, page consultée en 2026
Sans défilementCritère énoncé par le Bureau : le consommateur ne devrait pas avoir à faire défiler la page ni à lire les petits caractères pour connaître le prix total d'un article.Bureau de la concurrence, mai 2024
14 400 $Coût de reprise de l'affichage du prix sur l'ensemble des parcours d'une billetterie, gabarits, courriels et publicités compris, à 180 heures au taux de 80 $ l'heure.Cadre de travail Falia, arithmétique explicite

Ce que la loi interdit exactement

Ce qui suit s'adresse aux producteurs, aux diffuseurs, aux salles et aux organisateurs d'événements qui vendent des billets en ligne avec des frais de service. Il décrit le cadre fédéral et québécois et ne remplace pas un avis juridique.

La règle tient en une phrase. Promouvoir un prix qui n'est pas atteignable en raison de frais fixes que les consommateurs doivent payer est contraire à la loi, à moins que ces frais ne représentent que le montant imposé par le gouvernement.

Depuis les modifications apportées à la Loi sur la concurrence en juin 2022, l'indication de prix partiel est expressément reconnue comme une pratique commerciale préjudiciable. Elle ne dépend donc plus d'une démonstration au cas par cas du caractère trompeur.

Le Bureau nomme les formes courantes : frais de traitement, frais de réservation, frais de nettoyage, frais administratifs. En billetterie, ce sont exactement les libellés utilisés.

Le risque à nommer

Le Bureau énonce un critère très concret : le véritable coût total ne doit pas obliger le consommateur à faire défiler la page ou à lire les petits caractères. Une billetterie dont le prix total n'apparaît qu'à l'étape du paiement échoue à ce critère, même si le montant final est exact et que rien n'est caché de mauvaise foi.

Les frais variables ne vous sauvent pas

C'est le contournement le plus fréquemment envisagé et il ne fonctionne pas.

Le raisonnement paraît solide : si les frais varient selon la quantité, le mode de livraison ou le canal, ils ne sont pas un montant fixe et le prix affiché reste techniquement exact.

Le Bureau ferme cette porte. Il précise que si un prix est inatteignable parce que les consommateurs doivent payer des frais variables plutôt qu'un prix fixe, l'indication peut toujours poser problème au regard de la loi. Le critère est l'impression générale : si elle est fausse ou trompeuse sur un point important, le problème demeure.

Et la notion de point important est large : une indication de prix est considérée comme portant sur un point important si elle amène une personne à agir d'une manière précise, comme acheter un produit ou un service. Un prix qui décide d'un achat est par définition un point important.

Ce que l'affaire des frais de réservation a établi

Le dossier qui a mis les nouvelles dispositions à l'épreuve porte justement sur des billets : il touche directement votre secteur.

Le Bureau a engagé une procédure contre un exploitant de cinémas au sujet de frais de réservation en ligne obligatoires ajoutés au prix initial du billet. Le prix était affiché de façon visible dans le haut de la page, alors que la mention des frais se trouvait au bas et un ruban flottant permettait de poursuivre l'achat sans jamais atteindre cette mention.

Deux détails méritent l'attention d'un diffuseur. Le montant des frais en cause était de 1,50 $ par billet, ce qui montre que l'ampleur n'entre pas dans l'analyse. Et le Bureau a reproché que le sous-total affiché dans le ruban, bien qu'exact, ne décrivait ni ne ventilait les frais, de sorte qu'il fallait un calcul mental pour réaliser qu'un montant s'était ajouté.

Le Tribunal a imposé une sanction administrative très substantielle et l'appel a été rejeté. Une précision de portée s'impose : les détails de procédure et le montant exact de la sanction sont repris ici d'après des relais juridiques spécialisés et non d'après une lecture directe de la décision.

La couche québécoise

Au fédéral s'ajoute le droit québécois de la consommation et il n'est pas plus permissif.

La Loi sur la protection du consommateur encadre la promotion des produits et des services au Québec et le principe voulant que le prix annoncé corresponde au montant que le consommateur devra payer y est bien établi. Des recours collectifs ont été intentés au Québec sur cette base, notamment en matière de billets vendus en ligne.

Deux conséquences pratiques. Une entreprise québécoise fait face à deux régimes simultanés, ce qui élimine l'argument selon lequel une pratique tolérée ailleurs au Canada serait défendable ici. Et le risque ne vient pas seulement du régulateur : il vient aussi de recours privés, qui n'exigent aucune enquête préalable pour être déposés.

Faites valider votre situation exacte auprès de l'Office de la protection du consommateur ou d'un conseiller juridique. Cet article établit une seule chose : aucune des deux couches ne vous laisse afficher un prix inatteignable.

Ce que coûte la reprise

La dépense est modeste comparée au risque et c'est ce qui rend l'inaction difficile à défendre devant un conseil.

Reprendre l'affichage du prix sur une billetterie touche plus d'endroits qu'on ne le croit. La grille des spectacles, la page de l'événement, la sélection des sièges, le panier, le paiement, les courriels de confirmation, les publicités et les publications sociales. Comptez environ 180 heures au total, soit 14 400 $ au taux de 80 $ l'heure.

À ce montant s'ajoute une décision commerciale : afficher le prix tout inclus fait monter le prix perçu. Sur un billet à 42 $ avec 6 $ de frais, vous passez d'un affichage à 42 $ à un affichage à 48 $, sans encaisser un dollar de plus.

Un billet affiché à 42 $ coûte réellement 48 $ une fois les 6 $ de frais de service ajoutés.Prix annoncé42 $Prix total réel48 $6 $ de frais
Prix annoncé et prix total d'un même billet, frais de service inclus.

C'est la vraie objection des diffuseurs et elle est légitime. Plutôt que de la nier, rappelez-vous que tous vos concurrents sont soumis à la même règle. Un marché où tout le monde affiche le prix total se compare correctement et c'est celui où un prix honnête cesse d'être un désavantage.

Afficher le prix total sans perdre en conversion

01

Le prix tout inclus dès la première mention. Grille, page d'événement, publicité. C'est le point de départ, pas une étape de fin de parcours.

02

La ventilation à côté, pas à la place. Afficher 48 $ puis détailler 42 $ de billet et 6 $ de frais de service satisfait la règle et informe mieux qu'un montant unique sans explication.

03

Aucun calcul mental exigé. Un sous-total qui inclut les frais sans les nommer ni les ventiler a été explicitement reproché dans le dossier des cinémas.

04

La cohérence sur tous les canaux. Le prix d'une publicité, d'une infolettre et d'une page doit être le même. C'est le point de rupture le plus fréquent, parce que les publicités sont produites séparément.

05

Une justification des frais, en une phrase. Rien ne l'exige et cela réduit la friction. Un acheteur accepte mieux un montant qu'il comprend.

Une remarque commerciale qui a son importance. Afficher le prix total plus tôt fait souvent baisser le taux de clic et monter le taux de conversion des visiteurs qui poursuivent, soit la part d'entre eux qui concluent l'achat. Ceux qui décrochent sont ceux qui auraient abandonné au paiement. Mesurez le nombre de billets vendus, pas le taux de clic, sinon vous conclurez à une perte alors que vous avez retiré du gaspillage. La logique de mesure est traitée dans notre article sur le budget de remplissage.

Pour décider

Ce qu'il faut vérifier sur votre propre billetterie

La responsabilité appartient à l'entreprise qui annonce le prix, y compris quand la billetterie est fournie par un tiers. Ces cinq vérifications prennent deux heures.

  • Faites le parcours d'achat complet : à quel écran le prix total apparaît-il pour la première fois ?
  • Faut-il faire défiler la page ou lire une mention en petits caractères pour connaître ce total ?
  • Vos frais sont-ils nommés et ventilés, ou fondus dans un sous-total qui exige un calcul mental ?
  • Le prix annoncé dans vos publicités et vos infolettres est-il le même que celui de la page ?
  • Si votre plateforme de billetterie ne permet pas l'affichage tout inclus, qui négocie avec le fournisseur et dans quel délai ?

Une réponse sérieuse nomme un écran et un délai. Une réponse évasive dit que les frais sont clairement indiqués. Un fournisseur de billetterie qui ne permet pas d'afficher un prix tout inclus vous place en situation de risque et c'est vous qui annoncez le prix, pas lui.

Vérifier votre parcours et chiffrer la reprise avant qu'une plainte le fasse à votre place fait partie de ce qu'on couvre en audit payant.

Ce qu'on voit sur le terrain

Ce qui ne se délègue jamais : la décision d'afficher le prix tout inclus, la négociation avec le fournisseur de billetterie et la validation juridique. Ce qui se délègue : l'audit du parcours, la reprise des gabarits, l'alignement des publicités et des infolettres et la mesure du nombre de billets vendus avant et après. Un diffuseur qui affiche le prix total dès la grille des spectacles ne rencontre jamais ce problème et compare correctement avec ses concurrents. Un diffuseur qui attend une plainte reprend ses gabarits en urgence, en pleine saison, quand chaque jour de travail coûte le plus cher.

Le même arbitrage entre plateforme et vente directe est traité dans la réservation directe en hébergement.

La construction du budget qui porte ces décisions est détaillée dans le plan marketing et son budget.

Faire d'une billetterie un parcours qui vend sans exposer l'organisation est au cœur de l'objectif Améliorer la conversion de votre site.

Vous craignez l'effet de l'affichage tout inclus sur vos ventes ? Voyez notre travail sur l'optimisation du taux de conversion.

L'affichage du prix n'est qu'une des décisions qui portent une saison : le choix du moment de mise en vente figure dans notre article sur les heures d'ouverture des ventes en billetterie.

Questions fréquentes sur les frais de service

Peut-on afficher les frais séparément ?

Vous pouvez et devriez les ventiler, mais à côté du prix total et non à sa place. Le Bureau reproche notamment qu'un sous-total incluant des frais sans les décrire ni les ventiler oblige le consommateur à un calcul mental. Afficher 48 $, puis détailler 42 $ de billet et 6 $ de frais, satisfait la règle et informe mieux qu'un montant unique.

Et si nos frais sont variables ?

Cela ne règle pas la question. Le Bureau précise qu'un prix inatteignable en raison de frais variables peut toujours poser problème si l'impression générale est fausse ou trompeuse sur un point important. Or une indication de prix qui amène une personne à acheter porte par définition sur un point important.

Les taxes doivent-elles être incluses ?

Les sommes imposées par le gouvernement, comme la taxe de vente, constituent la seule exception à la règle et peuvent être ajoutées au prix annoncé. Tous les autres frais obligatoires, réservation, traitement, administration, doivent y figurer. C'est la distinction à retenir et elle est simple à appliquer.

Notre plateforme de billetterie ne le permet pas, que faire ?

C'est vous qui annoncez le prix, pas votre fournisseur et la responsabilité vous suit. Documentez la demande par écrit, fixez un délai et évaluez le coût d'un changement de plateforme par rapport au risque encouru. Une plateforme qui ne peut pas afficher un prix tout inclus en 2026 pose un problème qui dépasse la conformité.

Est-ce qu'afficher le prix total fait chuter les ventes ?

Le taux de clic baisse généralement, le nombre de billets vendus beaucoup moins, parce que ceux qui décrochent sont en bonne partie ceux qui auraient abandonné au paiement. Mesurez les billets vendus plutôt que les clics, sinon vous conclurez à une perte alors que vous avez retiré du gaspillage. Et rappelez-vous que la règle s'applique aussi à vos concurrents.

Par où commencer si tout est à reprendre ?

Par la première mention du prix : grille des spectacles, page d'événement et publicités. C'est là que l'écart est le plus visible et le plus facile à constater pour un plaignant. Le panier et le paiement viennent ensuite, puis les courriels de confirmation, qui sont presque toujours oubliés.

Sources et références
  1. Bureau de la concurrence du Canada, Indication de prix partiel, consulté en juillet 2026. Source de la règle générale, de l'exception relative aux sommes imposées par le gouvernement, de la reconnaissance expresse de la pratique depuis juin 2022 et du traitement des frais variables.
  2. Bureau de la concurrence du Canada, L'embuscade des frais cachés, communiqué du 15 mai 2024. Source des formes courantes de frais obligatoires et du critère selon lequel le prix total ne doit exiger ni défilement ni lecture des petits caractères.
  3. Procédure du Bureau de la concurrence relative aux frais de réservation en ligne d'un exploitant de cinémas. Les détails de procédure et le montant de la sanction sont repris d'après des relais juridiques spécialisés et non d'après une lecture directe de la décision.
  4. Cadre de travail Falia, arithmétique du coût de reprise de l'affichage. Les montants sont des cas de figure explicites, à refaire avec votre nombre de parcours et votre taux.
Gabriel Gervais
Gabriel GervaisAssocié · Stratégie, publicité et mesure

C'est presque toujours Gabriel qui prend votre premier appel et qui réalise votre audit. Il construit la stratégie à partir de votre objectif de croissance : où placer votre budget, quel marché tester et comment relier chaque lead à une vente réelle dans votre CRM. Il mène surtout les accompagnements Optimiser la rentabilité de vos campagnes numériques, Développer un nouveau marché ainsi que Générer de la demande et de la croissance. Avec Geneviève, il travaille aussi le référencement (SEO), la visibilité IA (GEO) et la conversion (CRO). Les ventes d'une campagne Google Ads ou Meta Ads dépendent de la page qui reçoit le clic. Ses analyses portent surtout sur la stratégie marketing, la publicité payante et la mesure.

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